Les femmes migrantes exposées à la violence et à l’exploitation

La violence basée sur le genre, la traite des personnes et d’autres formes d’exploitation continuent de mettre en danger les femmes à toutes les étapes de leur migration, y compris celles qui travaillent comme domestiques ou aidantes.

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Des travailleuses migrantes cherchent des minéraux à Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande.
Des travailleuses migrantes cherchent des minéraux à Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande. Photo : ONU Femmes/Pornvit Visitoran

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La migration ouvre la voie à de nouvelles opportunités et à une vie meilleure. Cependant, pour des millions de femmes à travers le monde, franchir une frontière peut coûter très cher et être synonyme de violence, d’exploitation au travail et de discrimination, voire sur certains itinéraires, de menace d’enlèvement, de demande de rançon ou de travail forcé.

La violence est omniprésente à toutes les étapes de la migration, qu’il s’agisse du voyage, du passage de frontières, du quotidien dans les pays de destination ou du retour au pays d’origine. Les femmes migrantes subissent souvent des violences répétées de la part de différents types d’agresseurs. Les risques sont particulièrement élevés pour les femmes qui voyagent sans papiers, qui disposent de peu d’informations, voire d’aucune, sur les itinéraires de migration sûrs, ou dont les ressources financières sont limitées, ce qui les expose encore davantage à l’extorsion et à l’exploitation.

Les femmes n’abandonnent pas leurs droits lorsqu’elles migrent. Pourtant, une fois la frontière franchie, les femmes migrantes sont souvent privées de la protection de leurs droits et de la justice qu’elles méritent et à laquelle elles peuvent prétendre.

Une femme sur 3 dans le monde est victime de violence physique ou sexuelle, ce risque est encore plus élevé pour les femmes migrantes.

Ci-dessous figurent quelques exemples de situations courantes dans lesquelles les femmes migrantes sont confrontées à un risque élevé de violation de leurs droits et de violence basée sur le genre :

Recrutement dangereux et migration clandestine

Pour de nombreuses femmes, le danger commence dès le début de leur périple migratoire. Sans informations fiables sur les itinéraires de migration sûrs, sans argent ni documents valides, les femmes migrantes sont beaucoup plus exposées à la violence basée sur le genre, à la tromperie et à l’exploitation, bien avant d’atteindre leur destination.

Ces risques commencent souvent par un processus de recrutement, car beaucoup de femmes s’en remettent à des intermédiaires non réglementés qui exigent des frais exorbitants ou leur font de fausses promesses. Lorsqu’elles quittent leur foyer, de nombreuses femmes sont déjà lourdement endettées et elles dépendent des recruteurs. Elles ne peuvent donc pas refuser leurs exigences de ces derniers et sont exposées à une exploitation pouvant aboutir à la traite des personnes.

Pour les femmes qui empruntent des itinéraires clandestins, les risques sont décuplés. Les femmes décrivent fréquemment des périples marqués par l’extorsion, le harcèlement et des agressions de la part de passeurs, de trafiquants, de fonctionnaires corrompus et d’autres migrants, les passeurs figurant parmi les auteurs les plus fréquents d’actes de violence basée sur le genre.

Par exemple, le long du corridor entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, Human Rights Watch a constaté que la quasi-totalité des migrantes nouvellement arrivées avaient été violées ou avaient été témoins de viols lors de la traversée. Certains hommes interrogés ont admis avoir violé des migrantes en échange de leur autorisation à entrer en Afrique du Sud.

Dans le bouchon du Darién, entre la Colombie et le Panama, les signalements de violences sexuelles ont été multipliés par sept en 2024, un rappel alarmant des dangers auxquels sont exposées des milliers de femmes lorsqu’elles traversent le corridor le plus périlleux d’Amérique latine.

Les femmes victimes de traite subissent des violences physiques trois fois plus souvent que les hommes.

Traite, travail forcé et autres formes d’exploitation

La traite des personnes est l’une des violations les plus horribles des droits humains. Ancrée dans les inégalités de genre et motivée par le profit, elle réduit les femmes et leur corps à l’état de marchandises qui peuvent être achetées, vendues, contrôlées et violées. Les femmes sont trois fois plus exposées au risque d’être victimes de traite à des fins de travail forcé que les hommes.

Pour des millions d’entre elles, la traite signifie être trompées, séquestrées, victimes d’abus sexuels ou vendues pour un travail dont elles ne peuvent se libérer. Nombre d’entre elles n’y survivent pas.

La traite des personnes prospère, car les femmes sont considérées comme des marchandises à exploiter à volonté. Elle se nourrit de la faiblesse des protections et de la demande mondiale incessante en main-d’œuvre bon marché et invisible. De l’agriculture à la production textile, en passant par l’hôtellerie et le travail domestique, les secteurs peu réglementés offrent aux trafiquants un terrain propice pour agir en toute impunité. En raison des faibles salaires que perçoivent les femmes migrantes et de leur dépendance vis-à-vis de leurs employeurs concernant leur statut de migrante, il est facile de les contrôler et de les réduire au silence. En effet, beaucoup d’entre elles risquent de perdre leur emploi ou leur titre de séjour si elles tentent de signaler des abus ou de quitter leur employeur.

La technologie complique également la détection de ces crimes. Les trafiquants utilisent des comptes de réseaux sociaux, des applications de messagerie et des plateformes cryptées pour dresser le profil des migrantes, les recruter et les manipuler, tandis que le chantage par deepfake et la surveillance en ligne les traquent au-delà des frontières, à travers les écrans et longtemps après leur retour. Étant donné que les réseaux de traite des personnes utilisent également les cryptomonnaies pour transférer et blanchir leurs profits à l’étranger, il est plus difficile d’assurer un suivi de leurs activités et de leurs flux financiers.

Plus de 60 pour cent  des victimes de traite détectées dans le monde sont des femmes ou des filles. Nombre d’entre elles ont été identifiées hors de leur pays d’origine, ce qui rappelle tristement que la traite n’est pas seulement un crime, mais aussi un système de pouvoir, de violence et de contrôle brutal dont les femmes sont les principales cibles en raison de leur genre.

Les travailleuses domestiques migrantes sont confrontées à des risques accrus de violence et d’exploitation

Près de la moitié des 304 millions de migrants internationaux dans le monde sont des femmes. La plupart d’entre elles travaillent comme domestiques et aidantes, des secteurs qui restent largement non réglementés. Sur les 75,6 millions de travailleurs domestiques dans le monde, 76 pour cent sont des femmes.

Partout dans le monde, des millions de femmes migrantes travaillent dans des foyers privés où elles effectuent des tâches ménagères, font la cuisine et dispensent des soins. Ces situations de travail limitent souvent leur visibilité et leur protection, ce qui expose nombre d’entre elles à l’exploitation et à des abus de la part de leurs employeurs ou d’autres membres du foyer. Cet isolement fait du travail domestique un espace où la violence peut passer inaperçue et rester impunie. Nombre de travailleurs migrants sont exclus du droit du travail national, privés de jours de repos et de salaires équitables, et dépendent fortement de leur employeur pour leurs revenus, leur logement et leur titre de séjour.

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Portrait d’Hellina Desta, travailleuse domestique au Liban
Hellina Desta, travailleuse domestique, a immigré d’Éthiopie pour se rendre à Beyrouth, au Liban, où elle travaille depuis 2008. Photo : ONU Femmes/Joe Saad

Dans le cadre de systèmes de parrainage tels que la kafala, les visas des femmes sont liés à leurs employeurs, ce qui limite leur liberté de quitter des situations abusives et les prive d’accès à la justice.

Malgré les appels internationaux répétés en faveur du renforcement des droits des travailleuses et travailleurs domestiques migrant·e·s, les femmes sont toujours confrontées à de longues heures de travail, au non-paiement de leur salaire, au harcèlement et, dans des cas extrêmes, à la traite et au travail forcé.

Certaines études montrent que 87 pour cent des victimes de servitude domestique sont des femmes et des filles, et que 15 pour cent des victimes de traite de personnes employées comme domestiques subissent des violences sexuelles. En Thaïlande, une enquête menée en 2023 a révélé que six travailleuses domestiques migrantes birmanes sur dix avaient déclaré avoir été soumises à des violences.

Quatre-vingt-un pour cent de l’ensemble des travailleuses domestiques sont employées dans le secteur informel, ce qui les prive de leurs droits fondamentaux et de toute protection.

Discrimination et déni des droits à l’arrivée

Une fois arrivées à destination, elles ne sont pas pour autant en sécurité. Pour de nombreuses femmes migrantes, c’est le début de nouveaux combats. La discrimination fondée sur le genre, la race, la nationalité et le statut migratoire influence tous les aspects de leur vie, des emplois qui leur sont proposés à la protection dont elles bénéficient ou non.

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Des migrantes vénézuéliennes arrivent en Colombie.
En 2019, en Colombie, ONU Femmes a collaboré avec le gouvernement national et d'autres agences des Nations Unies sur des programmes de soutien, des cartes de mobilité transfrontalière et un permis de travail spécial qui a permis à des milliers de migrants de séjourner et de travailler légalement en Colombie. Photo : ONU Femmes/Tico Angulo

La peur d’être expulsées réduit beaucoup de femmes au silence. La dénonciation des abus peut entraîner la perte d’un emploi ou un renvoi dans leur pays, ce qui est un risque que peu de femmes peuvent se permettre de prendre. Certains employeurs profitent de la situation irrégulière d’une femme pour la menacer ou la contrôler, tandis que les barrières linguistiques et la stigmatisation limitent encore davantage ses chances d’accéder à une aide.

Pour les femmes sans statut légal, le système lui-même peut accroître leur exposition au danger et à la violence. Les centres de détention et d’explusion sont souvent dangereux et dégradants. De nombreuses femmes y signalent des violences sexuelles, un accès insuffisant ou inexistant aux soins de santé sexuelle et reproductive, ainsi qu’un manque d’intimité dans les sanitaires et les douches.

Dans de nombreux pays, le sexisme, la xénophobie et le racisme ne font qu’exacerber ces risques, ce qui influence la manière dont les femmes migrantes sont perçues, entendues et traitées lorsqu’elles demandent justice ou recherchent de l’aide.

Le nombre de femmes migrantes en détention qui sont confrontées à la violence sexuelle représente plus du double de celui des hommes, et elles ont un accès limité, voire inexistant, à des mécanismes de plainte.

Retour à la stigmatisation et à l’exclusion

Au lieu d’être accueillies à leur retour, de nombreuses femmes migrantes se retrouvent confrontées à la stigmatisation et à l’exclusion. Les survivantes de violences basées sur le genre ou de traite des personnes sont souvent tenues pour responsables de ce qu’elles ont subi à l’étranger, comme si leurs souffrances étaient un choix plutôt que le résultat d’un système dangereux et abusif. Pour d’autres, la honte associée au travail domestique ou de soins à l’étranger, considéré comme un travail peu valorisant dans leur pays d’origine, constitue un obstacle à leur réinsertion, et elles sont rejetées par leurs voisins et leurs proches.

Des données probantes provenant de l’Éthiopie et du Bangladesh montrent que les travailleuses domestiques de retour dans leur pays peuvent être exposées à une grave exclusion sociale résultant des normes de genre et de l’absence d’aide adaptée à leur réinsertion. En Éthiopie, des femmes qui ont subi des violences à l’étranger, ont déclaré avoir été qualifiées de « migrantes ratées », tandis qu’au Bangladesh, les femmes de retour dans leur pays qui avaient été victimes de traite ou d’exploitation dans le cadre d’un travail domestique ont été accusées de « déshonorer » leur famille. Ces jugements aggravent l’isolement et compliquent leur rétablissement et leur réinsertion.

Certaines communautés mettent en place des solutions plus efficaces. Aux Philippines, les gouvernements locaux et les organisations de défense des droits des femmes proposent des services de soutien psychologique, des formations professionnelles et un accompagnement aux travailleuses domestiques de retour dans leur pays, pour les aider à reprendre confiance en elles et à reconstruire leur vie. Cependant, ces initiatives restent rares. Dans la plupart des pays, les personnes de retour doivent faire face seules à la stigmatisation, sans bénéficier du soutien financier et psychologique nécessaire pour reconstruire leur vie.

Les personnes de retour dans leur pays qui bénéficient d’un soutien adapté ont plus de chances de surmonter les difficultés liées au retour. C’est notamment le cas des femmes migrantes victimes de violence.

Ce que fait ONU Femmes pour soutenir les femmes migrantes

Toute femme a le droit de migrer en toute sécurité et mérite d’être traitée avec dignité. Leurs droits doivent être garantis où qu’elles soient.

Le programme Making Migration Safe for Women (« Pour une migration sûre des femmes ») d’ONU Femmes, financé par le gouvernement allemand, contribue à faire de cette vision une réalité. En Éthiopie, au Sénégal et en Afrique du Sud, ce programme aide les femmes migrantes, ainsi que celles qui reviennent dans leur pays, en leur proposant des formations, un soutien psychologique et un accompagnement à la création de petites entreprises. Il collabore également avec les gouvernements afin de garantir des politiques migratoires sûres et équitables pour toutes les femmes migrantes.

Comment nous pouvons toutes et tous soutenir une migration plus sûre pour les femmes

  1. S’informer et démanteler les idées reçues sur les femmes migrantes, et diffuser des informations fiables.
    Partagez des conseils fiables sur la migration sûre pour aider ces femmes à migrer en toute sécurité.
  2. Combattre le racisme. 
    Parlez ouvertement du racisme, du sexisme et de la discrimination dont sont victimes les femmes migrantes, et dénoncez la violence et l’exploitation chaque fois que vous en êtes témoin.
  3. Promouvoir un recrutement juste et éthique.
    Remettez en question les pratiques de recrutement trompeuses et gardez à l’esprit que le changement commence aussi à la maison, notamment lorsque des femmes migrantes sont employées comme domestiques ou aidantes.
  4. Défendre de meilleures conditions de travail.
    Appelez à des salaires équitables, à un accès aux soins de santé et à une protection juridique pour les migrantes employées comme domestiques ou aidantes, quel que soit leur statut migratoire.
  5. Améliorer l’accès à l’information juridique.
    Soutenez les initiatives qui fournissent aux femmes migrantes des informations claires sur leurs droits, les services à leur disposition et les endroits où elles peuvent obtenir de l’aide, avant, pendant et après la migration.
  6. Garantir l’accès des femmes à un soutien.
    Soutenez les organisations qui offrent des espaces sécurisés, un soutien psychologique, une aide juridique et d’autres formes de soutien pratique. Ces services communautaires jouent un rôle essentiel pour aider les femmes migrantes à reconstruire leur vie dans la dignité, en particulier les survivantes de violences basées sur le genre.
  7. Demandez à vos gouvernements locaux et nationaux de mettre en œuvre des politiques qui protègent et respectent les droits des femmes migrantes, et de faire respecter les engagements en matière de droits humains.
    Des itinéraires de migration sûrs et réguliers, des normes de recrutement éthiques, des protections des travailleur·se·s et la formation des agents de première ligne sont autant de mesures que les gouvernements peuvent mettre en place pour sécuriser la migration. Certains gouvernements ont signé des accords internationaux, tels que… Plaidez auprès de votre gouvernement pour qu’il mette en œuvre le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et les Conventions de l’OIT sur les travailleuses et travailleurs domestiques (n° 189) et sur la violence et le harcèlement (n° 190).

Quelles sont les idées reçues à propos des femmes migrantes ?

« Elle n’a même pas appris la langue » ; « Faites attention à elle, elle pourrait séduire votre mari » ; « C’est une fraudeuse aux allocations ».

Luttons contre les stéréotypes. Consultez notre article explicatif qui démystifie les idées reçues sur les femmes migrantes.

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