Les femmes migrantes : FAQ sur la migration et le genre

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Une agricultrice migrante au Cambodge
Une agricultrice migrante au Cambodge présente avec fierté sa récolte de riz pour un projet photographique en 2020. Photo : ONU Femmes Cambodge/Projet photographique participatif sur les travailleuses migrantes

Women on the move: FAQs on migration and gender

Consultez la foire aux questions (FAQ) d’ONU Femmes concernant l’impact du genre sur les expériences migratoires. Découvrez les défis spécifiques auxquels sont confrontées les femmes et les filles migrantes, et en quoi ils diffèrent de ceux rencontrés par les hommes, qu’il s’agisse de l’accès limité aux informations et aux services, des risques de traite, d’exploitation et de violence.

Quelle est la différence entre migrant·e·s, réfugié·e·s et demandeur·se·s d’asile ?

Un·e migrant·e est une personne qui a quitté ou est en train de quitter son lieu de résidence habituel, souvent pour améliorer sa vie grâce à des perspectives d’emploi, d’éducation, de regroupement familial ou pour d’autres raisons. Bien qu’il n’existe aucune définition juridique, le terme « migrant·e » désigne généralement une personne qui choisit de quitter son lieu de résidence habituel. Un·e réfugié·e, en revanche, est une personne qui a fui la persécution, la violence ou un conflit et qui ne peut pas regagner son pays en toute sécurité. Les réfugié·e·s sont protégé·e·s par le droit international en vertu de la Convention de 1951 relative au statut des réfugié·e·s. Un·e demandeur·se d’asile est une personne qui a quitté son pays et demande une protection contre des persécutions et des violations graves des droits humains dans un autre pays, mais qui n’a pas encore officiellement obtenu le statut de réfugié·e et attend une décision concernant sa demande d’asile. Bien que tous les demandeur·se·s d’asile ne soient pas nécessairement reconnus comme réfugié·e·s, tou·te·s les réfugié·e·s ont d’abord été des demandeur·se·s d’asile.

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Personnes fuyant la guerre en Ukraine
Personnes fuyant la guerre en Ukraine au poste-frontière de Palanca-Maiaki-Udobnoe en mars 2022. Photo : ONU Femmes/Aurel Obreja

Pourquoi les femmes et les filles choisissent-elles de quitter leur pays d’origine ?

Les femmes et les filles émigrent pour de nombreuses raisons, notamment pour bénéficier d’opportunités économiques, d’une éducation, d’un regroupement familial et ou pour fuir des violences basées sur le genre ou d’autres pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines et les mariages d’enfants. La discrimination et les inégalités de genre, telles que l’accès limité à des emplois décents, à des ressources ou à une protection juridique, influencent souvent leur décision d’émigrer. Les conflits et les crises climatiques touchent les femmes de manière disproportionnée, ce qui pousse nombre d’entre elles à émigrer en quête de sécurité.

Comment le genre influence-t-il l’expérience migratoire ?

Le genre a un impact à chaque étape de la migration. De nombreuses femmes et filles subissent souvent des discriminations basées sur le genre à toutes les étapes de la migration, car les lois et les politiques renforcent fréquemment les inégalités de genre existantes dans les pays d’origine, de transit et de destination. Le genre façonne chacun des aspects de la migration : les motivations à partir, l’accès aux informations, les parcours (en particulier pour les femmes qui empruntent des itinéraires dangereux et clandestins, par voie terrestre ou maritime) et l’intégration dans les nouvelles communautés. Le genre influence également les types d’emplois que les femmes migrantes occupent et les difficultés qu’elles rencontrent.

La discrimination peut être motivée par divers facteurs, tels que la race, l’origine ethnique, la nationalité, la langue ou la religion. Lorsque ces aspects se recoupent avec le genre, les effets de la discrimination peuvent être plus marqués et plus complexes. Pour lutter efficacement contre ces inégalités multidimensionnelles, il est essentiel de mettre en œuvre des lois et des politiques qui répondent aux besoins, aux défis et aux risques spécifiques auxquels les femmes migrantes sont confrontées en raison de leur genre. Ces lois et politiques doivent reconnaître et prendre en compte les besoins de toutes les personnes en promouvant l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.

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Des filles pompent de l’eau dans le camp de Balukhali à Cox’s Bazar
Des filles pompent de l’eau dans le camp de Balukhali à Cox’s Bazar, au Bangladesh. Photo : ONU Femmes/Allison Joyce

Quels défis les femmes et les filles rencontrent-elles lorsqu’elles émigrent, et en quoi diffèrent-ils de ceux rencontrés par les hommes ?

Les femmes et les filles représentent environ la moitié de l’ensemble des migrants internationaux. Les femmes représentent également environ la moitié des travailleurs migrants qui envoient de l’argent à leur famille (émettrices de transferts de fonds). Elles émigrent notamment pour améliorer leurs conditions de vie et leurs perspectives économiques. Pour beaucoup, la migration a pour effet de renforcer leur autonomie, leur capacité d’action et leur indépendance et leur offre la possibilité de connaître une vie meilleure. Cependant, la migration peut également exposer les femmes et les filles à de graves risques, tels que l’exploitation, la traite des personnes, le travail forcé et la violence basée sur le genre. Ces risques sont particulièrement marqués pour les femmes et les filles migrantes qui voyagent sans papiers, comme un passeport ou un visa, et pour celles qui sont contraintes d’emprunter des itinéraires dangereux, souvent à la merci de passeurs susceptibles de les exploiter ou d’abuser d’elles.

En matière de perspectives d’emploi, les inégalités sur le marché du travail et dans la société limitent l’accès de nombreuses femmes migrantes aux informations, aux emplois et aux ressources, ainsi que leur pouvoir de décision, par rapport aux hommes. Des millions de femmes et de filles à travers le monde se heurtent encore à d’importants obstacles pour accéder à l’éducation et à des possibilités d’apprentissage tout au long de leur vie. Cette limitation restreint leurs chances d’acquérir les compétences et les connaissances nécessaires pour de nombreux emplois, tant dans leur pays d’origine qu’à l’étranger. Cette situation se vérifie notamment pour les femmes et les filles les plus pauvres et les plus marginalisées, qui n’ont souvent pas accès à des informations fiables sur les itinéraires de migration sûrs et réguliers.

Quels sont les risques de violence basée sur le genre pour les femmes et les filles migrantes ?

Une femme sur trois dans le monde a subi des violences sexuelles ou des violences de la part d’un partenaire intime au moins une fois dans sa vie. Pour les femmes et les filles migrantes, les risques de violence basée sur le genre tout au long de leur périple migratoire sont alarmants, mais les données disponibles à ce sujet restent insuffisantes. On constate un manque flagrant de données et d’informations sur l’exploitation, les abus et les violences auxquels les travailleuses migrantes sont confrontées, en particulier celles employées dans des secteurs peu qualifiés. De plus, de nombreuses femmes migrantes – en particulier celles sans papiers ou en situation irrégulière, ne signalent pas l’exploitation et les abus aux autorités par crainte d’être arrêtées ou expulsées.

Certains itinéraires migratoires sont jalonnés de menaces constantes de violence, et de nombreuses femmes y sont confrontées à maintes reprises au cours de leur périple, souvent aux mains de trafiquants, de passeurs, de réseaux criminels, de fonctionnaires corrompus, voire d’autres migrants. La violence subie par les femmes migrantes résulte de l’absence d’itinéraires de migration sûrs et de l’existence de multiples formes de discrimination et d’inégalités structurelles. Ces risques sont aggravés par un accès insuffisant aux informations et aux services, ainsi que par les barrières linguistiques. La pauvreté croissante et l’impossibilité d’accéder à un emploi décent ont également conduit certaines femmes migrantes à accepter des offres économiques risquées, ce qui les expose davantage à la violence, aux abus et à l’exploitation.

Quelle est la contribution des femmes migrantes dans leur pays de destination ?

Les femmes migrantes apportent une contribution significative à toutes les étapes de la migration et dans leurs pays de destination, malgré des problèmes persistants tels que les taux élevés de discrimination et de racisme. Elles comblent des pénuries de main-d’œuvre essentielles, enrichissent la diversité culturelle et favorisent la cohésion sociale. Leur activité entrepreneuriale stimulent les économies locales et leur implication dans l’éducation et les initiatives communautaires renforce l’engagement civique. Les femmes migrantes jouent souvent le rôle de ponts culturels, favorisant la compréhension mutuelle et la tolérance dans des sociétés de plus en plus diversifiées. Dans les secteurs de la santé et des soins, elles jouent un rôle essentiel pour répondre aux besoins des populations vieillissantes et combler les pénuries de main-d’œuvre dans de nombreux pays.

Quels types d’emplois les femmes migrantes occupent-elles ?

Les femmes migrantes peuvent occuper les mêmes emplois que les hommes migrants, mais les inégalités de genre profondément ancrées, la discrimination et la ségrégation sur le marché du travail les cantonnent souvent à des emplois informels et précaires, conformes aux rôles traditionnellement attribués aux femmes. De plus, l’absence de reconnaissance de leurs qualifications peut restreindre davantage leurs perspectives à l’étranger. On estime que les femmes représentent 41 pour cent des 169 millions de travailleurs migrants dans le monde. Environ 13 pour cent des femmes migrantes travaillent comme domestiques, et un taux vertigineux de 81 pour cent occupent des emplois informels, sans aucune protection sociale ni juridique. Nombre de femmes migrantes se retrouvent dans l’économie informelle, occupant notamment des emplois domestiques et de soins, dans lesquels la protection de la main-d’œuvre est minime, voire inexistante, ce qui accroît leur exposition à la violence, à la discrimination et à l’exploitation.

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Domestic worker Hellina Desta migrated from Ethiopia to Beirut, Lebanon, where she has been working since 2008. Photo: UN Women/Joe Saad
Domestic worker Hellina Desta migrated from Ethiopia to Beirut, Lebanon, where she has been working since 2008. Photo: UN Women/Joe Saad

Quel impact la migration a-t-elle sur l’accès des femmes aux services ?

Les obstacles juridiques, les barrières linguistiques, la discrimination et les contraintes financières limitent souvent l’accès des femmes migrantes aux services essentiels, tels que les soins de santé, le logement et l’éducation. Pour les travailleuses domestiques migrantes, cette difficulté est encore aggravée par l’isolement et le travail informel. Les services de santé sexuelle et reproductive, comme la planification familiale, les soins prénataux et l’éducation à la santé sexuelle, constituent un droit fondamental pour les femmes et les filles migrantes, mais leur accessibilité est fréquemment limitée du fait d’obstacles juridiques ou sociaux, ce qui peut entraîner des complications très graves, voire des décès. Les personnes migrantes transgenres, de genre variant, sans papiers et les personnes en situation irrégulière sont confrontées à des difficultés encore plus importantes et sont souvent dissuadées de demander de l’aide par crainte de discrimination, d’arrestation et d’expulsion.

Comment les politiques migratoires affectent-elles différemment les femmes et les hommes ?

Les politiques migratoires ne tiennent souvent pas compte des besoins, des difficultés et des situations de vulnérabilité spécifiques aux femmes, ce qui alimente les inégalités de genre. Les options de migration sûre et régulière restent inaccessibles à de nombreuses femmes, car la discrimination fondée sur le genre détermine qui peut migrer, où et comment. Cela pousse nombre d’entre elles à emprunter des itinéraires migratoires dangereux et clandestins, ce qui accroît les risques de traite, de violence et d’exploitation. Le manque de données ventilées par genre sur les expériences des femmes migrantes exacerbe ces problèmes et, en conséquence, leurs besoins ne sont pas pris en compte dans l’élaboration des politiques. Les politiques migratoires sensibles au genre, telles que celles définies dans le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, visent à l’autonomisation des femmes en leur offrant des itinéraires de migration sûrs et réguliers, à des protections juridiques et à une prise de décision inclusive. En s’attaquant aux obstacles systémiques, ces politiques renforcent l’égalité des sexes et améliorent l’autonomie et les perspectives des femmes.

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Des travailleuses philippines
Des travailleuses philippines, occupant des emplois dans le secteur domestique et de la santé à Singapour, participent à des ateliers sur la gestion familiale et des revenus, la planification de la réinsertion et sur l’investissement dans les entreprises et l’entrepreneuriat. Photo : ONU Femmes/Staton Winter

Comment mieux protéger les femmes migrantes ?

Les politiques migratoires doivent être inclusives et sensibles au genre, notamment en tenant compte des besoins et des réalités des femmes, car elles assument une part disproportionnée des responsabilités liées aux soins. Les gouvernements doivent examiner et réviser les politiques et la législation existantes afin de proposer des modalités de migration régulière qui respectent les principes d’égalité et de non-discrimination, tout en renforçant les lois contre la traite des personnes.

Il est crucial de renforcer la protection du travail des femmes migrantes dans tous les secteurs, et plus particulièrement dans les secteurs informels, tels que le travail de soins et domestique, afin de réduire l’exploitation, la violence basée sur le genre et la discrimination. Les femmes doivent avoir accès à des informations précises et sensibles au genre leur permettant de prendre des décisions éclairées en matière de migration, notamment en ce qui concerne les risques et les difficultés que cela comporte. La mise en place ou l’élargissement des services destinés aux migrant·e·s, proposant notamment des formations linguistiques, un renforcement des compétences et un soutien psychologique, peut favoriser l’intégration des femmes migrantes dans leur pays de destination ainsi qu’à leur retour dans leur pays d’origine. Pour les femmes migrantes ayant survécu à des violences, un accès libre et sûr à des centres d’hébergement, à des services de santé et à un soutien psychologique tenant compte des traumatismes est essentiel pour leur réinsertion.